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Éphémérides créatives


Les supports de presse papiers et leurs déclinaisons numériques ne cessent d’investir les espaces publics et privés. Du quotidien gratuit distribué ou mis à notre disposition jusqu’au gigantisme des écrans ou bannières lumineuses type Time Square, en passant par la vibration de notre smartphone au fond de notre poche, il est aisé de se laisser submerger par l’information.

Face à ce flux incessant d’images et de mots, Francis Blanchemanche a décidé de s’inscrire dans une posture très distanciée qui relève plus de la contemplation que de la consommation. La dimension informative n’est pas l’enjeu principal de son travail, la question du rapport au réel est accessoire, en revanche la capacité projective dans l’imaginaire de ses bases de données quotidiennes mobilise toute son attention. Aux titres chocs, accrocheurs et complaisants, il préfère les confrontations inattendues, les dialogues décalés, les collages étonnants ou détonants qui apparaissent comme autant de nouvelles propositions de lecture des signes iconiques et textuels de notre quotidien.

Mythologies quotidiennes fut le titre d’une exposition de la Nouvelle Figuration en 1964. Plusieurs œuvres empruntaient aux chefs d’œuvres de la peinture classique des éléments plastiques pour les réduire à des slogans visuels au même titre que des personnages de bande dessinée, de cartoons ou des emblèmes publicitaires.

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Le travail de Francis Blanchemanche n’est pas sans analogie avec les œuvres de Hervé Télémaque, Bernard Rancillac ou Eduardo Arroyo. Toutefois, la démarche est inversée. Là, où les maîtres de la figuration narrative démythifiaient l’œuvre consacrée pour la confronter aux productions scriptovisuelles du quotidien, Francis Blanchemanche part de la culture de masse, la presse quotidienne ou hebdomadaire, pour en extraire sa création. Ce qui nous est donné à voir incite au déchiffrement des signes et des références, mais le message n’est pas explicite. La composition, plus iconographe qu’iconoclaste, est porteuse d’intentions et d’interprétations qui peuvent être contradictoires.

Pour chacune de ses compositions, Francis Blanchemanche puise ses sources dans un même journal et il me plaît à penser qu’il prend beaucoup de plaisir, chaque jour, à suivre la recette édictée par Tristan Tzara en la transposant dans le domaine plastique : " Prenez un journal. Prenez des ciseaux Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème. Découper l’article. Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac. Agitez doucement. Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre. Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac. Le poème vous ressemblera…"

Ses travaux lui ressemblent, en ce sens qu’ils sont générés par un processus souvent complexe de traitements numériques. Francis Blanchemanche est infographiste. Cette compétence métier, collage des termes information et graphisme, trouve toute sa justification dans son approche artistique. L’une de ses séries est intitulée « L’art de la guerre » et fait directement référence à l’ouvrage du philosophe/stratège chinois Sun Tzu. Au Ve siècle av. J.-C., ce dernier chapitrait son ouvrage de la manière suivante : « De l'évaluation ; De l'engagement ; De la mesure dans la disposition des moyens ; De la contenance ; Du plein et du vide ; De l'affrontement direct et indirect ; De la topologie ; De la concorde et de la discorde ! ». Transposés dans le champ de la création artistique ces intitulés sont autant de pistes de travail mais également autant de pistes de lecture des œuvres.


Patrice Roturier,

maître de conférences, arts et communication

Francis Blanchemanche vit et travaille à Rennes. Il est graphiste et directeur artistique du service audiovisuel de l'université Rennes 2. Il a réalisé des affiches (festivals des Tombées de la nuit, Travelling, Jazz sous les Pommiers...), des films (dont Independance Breizh et Breizilla diffusés sur Canal+).


Depuis 1994, en dehors de ses activités universitaires, il exploite la presse quotidienne pour exercer ses pratiques du dessin et du collage.


© Francis Blanchemanche - 2019