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Mythologies quotidiennes

Même si nous ne sommes pas des lecteurs assidus des journaux Libération, Le Monde 2 ou Les Inrockuptibles, cette déclinaison de L’art de la guerre nous interpelle. Didier Drogba, Nicolas Sarkozy, Georges Bush père & fils, Johnny Halliday, Sylvio Berlusconi, Zinédine Zidane, Léonardo DiCaprio… font partie de notre mythologie quotidienne.

Mythologies quotidiennes, fut le titre d’une exposition de la Nouvelle Figuration en 1964. Plusieurs œuvres empruntaient aux chefs œuvres de la peinture classique des éléments plastiques pour les réduire à des slogans visuels au même titre que des personnages de bande dessinée, de cartoons ou des emblèmes publicitaires.

Je pense ici, plus particulièrement, à l’œuvre d’Eduardo Arroyo intitulée Grand pas du Saint-Bernard, et je partage l’analyse de Bernard Valette : " la saturation des signes accompagne la grande vague de démythification soulevée par la démocratisation de l’accès au savoir. Au culte du héros se substitue la culture de masse. Au mythe se substitue une constellation de récits ".

(Signes discours et sociétés, identités visuelles. Grand pas du Saint-Bernard, d’Arroyo : le défi de l’interprétation, Bernard Valette, 2009.)


Le travail de Francis Blanchemanche n’est pas sans analogie avec les œuvres de Hervé Télémaque, Bernard Rancillac ou Eduardo Arroyo. Toutefois, la démarche est inversée. Là, où les maîtres de la figuration narrative démythifiaient l’œuvre consacrée pour la confronter aux productions scriptovisuelles du quotidien, Francis Blanchemanche part de la culture de masse, la presse quotidienne ou hebdomadaire, pour en extraire une sorte d’icône sublimée par l’accrochage dans le cadre de l’exposition L’art de la guerre.


De par, le traitement chromatique, cernes et aplats, le jeu des échelles, les variations de cadrage et le travail en couche, le décryptage de l’image peut s’avérer complexe. Ce qui nous est donné à voir incite au déchiffrement des signes et des références, mais le message n’est pas explicite. La composition, plus iconographe qu’iconoclaste, est porteuse d’intentions et d’interprétations qui peuvent être contradictoires.

Entre, d’une part, des figures et/ou des évènements plus ou moins identifiés et d’autre part, des collisions et/ou collusions d’images et de textes à la limite de l’ambiguïté, la multiplicité des références médiatiques concourt-elle à brouiller ou à préciser la signification de l’image ?


Pour chacune de ses compositions, Francis Blanchemanche puise ses sources iconographiques et textuelles dans un même journal et il me plaît à penser qu’il prend beaucoup de plaisir, chaque jour, à suivre la recette édictée par Tristan Tzara en la transposant dans le domaine plastique :

" Prenez un journal

Prenez des ciseaux

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.

Découper l’article.

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.

Agitez doucement.

Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.

Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.

Le poème vous ressemblera…"

(Manifeste sur l'amour faible et l'amour amer, Tristan Tzara, 1921).

En effet, ces images lui ressemblent, un ensemble de compositions plastiques aléatoires, parfaitement structuré, issu d’une consommation boulimique mais raisonnée de l’art de la guerre médiatique. Chaque planche semble faire écho à la stratégie décrite par un autre maître de l’art de la guerre, Sun Tzu, qui au Ve siècle av. J.-C. chapitrait ainsi son ouvrage : De l'évaluation ; De l'engagement ; De la mesure dans la disposition des moyens ; De la contenance ; Du plein et du vide ; De l'affrontement direct et indirect ; De la topologie ; De la concorde et de la discorde !

Autant de partis pris de lecture que je vous invite à explorer.


Patrice Roturier

(Pour l'exposition L'art de la guerre, à la galerie du Chercheur d'art, Rennes, 2009)


© Francis Blanchemanche - 2019